Carbon Waters, une deeptech bordelaise qui fait monter la chimie française en puissance

Un groupe de 12 personnes dont 10 hommes et 2 femmes dans un atelier de fabrication
Carbon Waters

Produire un matériau révolutionnaire en industrialisant une technologie unique issue de la recherche française, tout en structurant une organisation humaine tournée vers la croissance durable. C’est le pari de Carbon Waters, jeune entreprise industrielle bordelaise spécialisée dans les matériaux à base de graphène et membre de la communauté Chemtech, fondée par France Chimie et BPI France et qui regroupe plus de 100 startups de la chimie. Rencontre avec Nicolas Castet, directeur des opérations, pour parler innovation, stratégie RH et transition vers l’échelle industrielle.

Une technologie de rupture née de la chimie française

« La chimie, c’est la mère des industries », rappelle Nicolas Castet. Ce n’est pas un hasard si ce financier de formation, passé par les géants Rodia et Solvay, a choisi de poursuivre sa carrière en accompagnant la start-up Carbon Waters depuis 2021. Sa mission : accompagner le passage à l’échelle industrielle d’un matériau aussi prometteur que complexe, le graphène, dont la technologie de production a été développée au sein du CNRS à Bordeaux.

Matériau ultraléger, imperméable, conducteur et résistant, le graphène suscite depuis 20 ans l’intérêt de multiples secteurs industriels. Le défi : produire ce matériau très instable sous une forme liquide facilement utilisable, en quantité et à un coût compétitif. C’est là que Carbon Waters se distingue. Grâce à un procédé unique, l’entreprise est capable de formuler des additifs à base de graphène pour deux grands marchés :

  • Les polymères et composites, afin de renforcer les performances mécaniques tout en réduisant l’impact énergétique lors de leur production.
  • Les revêtements anti-corrosion, en alternative à des produits chimiques souvent toxiques (zinc, plomb…).

Avec à la clé un impact environnemental direct : réduction des émissions, durabilité accrue des produits, substitution de substances nocives.

Une start-up à la croisée des chemins : de la R&D à l’industrialisation

Avec 14 collaborateurs aujourd’hui, Carbon Waters évolue rapidement d’une structure centrée sur la recherche à une entreprise tournée vers la production industrielle et le développement commercial. « Nous avons besoin de structurer l’équipe avec des profils complémentaires à la R&D, notamment dans le génie chimique et le business development », explique Nicolas Castet.

L’ambition est claire : doubler les effectifs d’ici 2027 et faire de l’entreprise un acteur reconnu dans les matériaux innovants. Cette transformation s’appuie déjà sur des recrutements ciblés et sur l’apport de seniors advisors, experts expérimentés (souvent issus de grands groupes) qui accompagnent Carbon Waters dans cette phase de changement.

RH : un projet industriel comme moteur d’attractivité

Dans un secteur de niche et face à des profils rares, Carbon Waters fait le pari du sens. « Ce qui attire, c’est le projet. Participer au développement d’un matériau innovant et à fort impact environnemental, c’est unique », souligne le directeur des opérations. La transition écologique constitue ainsi un levier d’attractivité fort, tout comme la dynamique d’équipe et la possibilité d’évoluer dans une structure à taille humaine.

L’entreprise mise aussi sur la formation interne, indispensable pour un produit aussi spécifique. Un onboarding structuré, un livret d’accueil, des rendez-vous avec chaque collaborateur : tout est pensé pour que chaque nouveau venu monte en compétence rapidement. Les mobilités internes sont également encouragées : certains techniciens très impliqués accèdent progressivement à des postes à responsabilité, montrant qu’il est possible d’évoluer en interne, même dans une petite équipe.

 

Des perspectives de croissance soutenues par un écosystème solide

Carbon Waters bénéficie du soutien de France Chimie, notamment via son réseau en Nouvelle-Aquitaine, mais aussi des dispositifs publics mis en place par Bpifrance ou la Région Nouvelle-Aquitaine, très engagée dans l’accompagnement des projets industriels innovants. « Le rôle de l’État est essentiel dans notre développement. Les aides, l’accompagnement et les financements permettent de structurer la croissance de start-ups comme la nôtre. »

Reste que le manque d’investisseurs privés spécialisés dans l’industrie deeptech freine encore l’accélération. « Ce sont des projets complexes, à forte intensité capitalistique, souvent difficiles à évaluer pour des profils purement financiers », regrette Nicolas Castet. Mais l’enjeu est de taille : transformer une innovation française en réalité industrielle au service de la décarbonation et de la souveraineté économique.

Carbon Waters incarne la nouvelle génération d’entreprises de la chimie française : innovantes, engagées et en pleine mutation industrielle. Entre montée en compétences, structuration managériale et transition écologique, la start-up bordelaise trace sa voie, avec le graphène comme moteur de transformation. Un projet inspirant à suivre de près.

 

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