De la pelouse au laboratoire

Sur un terrain de foot, un joueur en rouge a le ballon devant son pied et le gardien en jaune devant les cages tend les bras à l'horizontal prêt à réceptionner le ballon.

Des vestiaires des plus grands clubs de football européens aux laboratoires de la chimie biosourcée, Mathieu Flamini incarne un parcours singulier : celui d’un sportif de haut niveau devenu entrepreneur engagé au service de solutions plus durables.

Après près de vingt ans passés au plus haut niveau du football professionnel, notamment à l’Olympique de Marseille, à Arsenal et à l’AC Milan, Mathieu Flamini aurait pu poursuivre sa carrière dans l’univers du sport. Il a choisi un autre terrain de jeu, plus inattendu, mais tout aussi exigeant, celui de la chimie verte. Cofondateur et dirigeant de GFBiochemicals, il porte aujourd’hui un projet industriel tourné vers les alternatives biosourcées, issues de matières premières d’origine végétale, pour remplacer certains composants issus de la pétrochimie dans des produits du quotidien.

Changer de terrain, garder le même engagement

À première vue, le passage du sport de haut niveau à l’entrepreneuriat dans la chimie peut surprendre. Pourtant, cette transition s’inscrit dans une continuité personnelle. Mathieu Flamini explique avoir développé très tôt une sensibilité aux enjeux environnementaux, nourrie par son attachement à la nature et à la mer Méditerranée. Pendant sa carrière sportive déjà, il s’interroge sur les solutions possibles face au réchauffement climatique, à la pollution et à l’impact de certains produits sur la santé.

Ce nouveau défi, il l’aborde avec les réflexes d’un athlète : rigueur, persévérance, capacité à gérer la pression et le sens du collectif. Ne venant pas du secteur de la chimie, il choisit de s’entourer d’experts, de construire des partenariats scientifiques solides et d’apprendre pas à pas les codes d’un univers hautement technique.

Son ambition : transformer des ressources renouvelables, comme la biomasse, en ingrédients capables de remplacer certains composants pétrochimiques utilisés dans les cosmétiques, les produits d’entretien, les peintures, les vernis ou encore les solvants.

Au cœur du projet figure notamment l’acide lévulinique, une molécule issue de la biomasse, c’est-à-dire de matières organiques d’origine végétale ou agricole. Obtenue ici à partir de déchets agricoles, elle peut servir de « brique de base » pour fabriquer d’autres ingrédients chimiques. Son potentiel illustre concrètement ce que peut apporter la chimie verte, c’est-à-dire concevoir des solutions plus durables, moins dépendantes des ressources fossiles et adaptées aux besoins industriels.

Basée en France, avec un siège à Aix-en-Provence, GFBiochemicals se positionne comme un acteur international des produits chimiques d’origine végétale. L’entreprise met en avant plus de dix années de recherche et plus de 200 brevets autour des technologies liées aux lévulinates, une famille de composés dérivés de l’acide lévulinique pouvant entrer dans la formulation de nombreux produits, de la cosmétique à la détergence.

Remarque : la pétrochimie désigne la fabrication de produits chimiques à partir du pétrole ou du gaz naturel. À l’inverse, les ingrédients biosourcés utilisent des ressources renouvelables, comme des végétaux ou des déchets agricoles. Les solvants, quant à eux, sont des substances utilisées pour dissoudre, nettoyer ou formuler d’autres matières comme dans les peintures, les vernis ou certains produits d’entretien.

Innover, c’est aussi savoir tenir dans la durée

Dans la chimie, une idée prometteuse ne devient pas immédiatement une solution industrielle. Recherche, essais en laboratoire, passage à l’échelle, certifications, commercialisation, chaque étape demande du temps, des compétences et des investissements. Mathieu Flamini souligne que cette aventure lui a appris la patience. Plus de dix ans se sont écoulés entre la création de l’entreprise et la commercialisation des premiers produits.

Cette trajectoire rappelle une réalité essentielle, l’innovation industrielle se construit dans la durée. Pour transformer une découverte scientifique en solution utilisée par les industriels, il faut conjuguer expertise, essais, partenariats, financements et capacité à convaincre. C’est dans cette patience active que se dessine la force du projet porté par GFBiochemicals.

  1. Montrer que la chimie peut donner envie.

À travers son parcours, Mathieu Flamini rappelle que la chimie est aussi un secteur d’innovation, de solutions et d’engagement. Alors que l’avenir est souvent associé à la tech ou au numérique, la chimie verte offre elle aussi des perspectives concrètes pour agir sur les grands défis environnementaux et sanitaires.

  1. Fédérer, apprendre, transmettre.

Le passage du football à l’entrepreneuriat transforme aussi sa manière de porter un projet. Sur le terrain, la performance se joue dans l’intensité du collectif. À la tête d’une entreprise, elle repose sur une autre forme de leadership où il faut donner un cap, écouter, faire confiance et encourager chacun à sortir de sa zone de confort. Cette vision rappelle combien les transitions se construisent avec des équipes, des compétences et une ambition partagée.

Un parcours inspirant pour faire découvrir la chimie autrement

Le parcours de Mathieu Flamini illustre la richesse des passerelles possibles entre des univers en apparence éloignés. Il montre que des compétences forgées dans le sport de haut niveau telles que l’exigence, l’endurance, le sens du collectif et la capacité à se remettre en question, peuvent nourrir un projet entrepreneurial ambitieux, y compris dans un secteur aussi technique que la chimie.

Au-delà de la reconversion individuelle, cette histoire met en lumière le rôle stratégique de la chimie dans les transitions. En développant des alternatives biosourcées, GFBiochemicals contribue à ouvrir de nouveaux marchés et à démontrer que l’innovation industrielle peut répondre à des enjeux très concrets : réduire la dépendance aux ressources fossiles, limiter certains impacts environnementaux et proposer des solutions plus durables pour les usages du quotidien.

Cette trajectoire constitue aussi un levier puissant pour valoriser les métiers et les opportunités de la chimie auprès de publics de jeunes parfois éloignés du secteur. Elle montre que la chimie ne se limite pas à un univers technique réservé aux spécialistes, elle peut devenir un terrain d’engagement, d’innovation et d’entrepreneuriat, au service de solutions concrètes pour l’avenir.

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